Un trajet en bus de Jodhpur à Jaisalmer

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A l’extrême ouest de l’Inde est érigée la citadelle de Jaisalmer. Monticule ocre à l’orée du désert du Thar.

Depuis Jodhpur, le trajet en bus s’enfonce dans la torpeur et la poussière. Lentement. Des arrêts à la durée aléatoire, de profonds nids de poules et une surchauffe du moteur invitent à la patience.

Le mercure du thermomètre grimpe au fil des minutes. A chaque halte, des gens montent. Bientôt plus un centimètre carré n’est disponible. Je prends ma fille sur les genoux et cède sa place à une femme et à ses deux enfants en bas âge. Mon compagnon cède la sienne à un vieillard aux traits émaciés.

L’air se raréfie. La chaleur s’intensifie. Étouffante, écrasante, scotchante.

Les vitres ouvertes pour happer une once d’air inévitablement chaud. Le sable pénètre dans l’habitacle et noircit les visages. Le paysage ne présente aucun charme particulier. Plat, brumeux, désertique parsemé de touffes de plantes ci et là. Bercés de gauche à droite dans un mouvement de métronome, les amortisseurs agonisent et les corps moites s’assoupissent. Enfin, Jaisalmer.

Un nom, un lieu qui ne semble exister que dans un passé inaccessible, que sur des vieilles mappemondes usées.

Une promesse de couleurs et d’odeurs comme un voyage dans un monde enfoui. A peine descendus les quelques marches du bus, les rabatteurs s’agglutinent autour de la poignée de touristes présents. Certains céderont, pressés de se faufiler sous un filet d’eau tiède. D’autres, comme nous, monteront dans un taxi fatigué pour regagner l’adresse de leur réservation.

Parvenus dans un haveli à la gestion familiale, nous découvrons la simplicité de notre chambre. La chaleur nous accable malgré le minimalisme des ouvertures et l’épaisseur des murs. L’obscurité tombe sans apporter le souffle de fraîcheur tant attendu.

Climatisation réglée à 34°C, le sommeil se décide enfin à nous emporter.

Demain, nous prendrons la citadelle d’assaut. Demain, nous franchirons les portes de Jaisalmer.

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