Je reprendrai la route

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Il est des routes qu’on emprunte régulièrement et qu’on ne voit plus. Celle du matin, les yeux mi-ouverts mi-clos qui nous conduit du lit au boulot. Celle du soir, l’esprit vagabond qui nous ramène du travail à la maison. Celle des vacances, entre hâte et nonchalance, tant espérée et si vite arrivée.

Un jour, la route nous tourmente. Sinueuse, verglaçante, enneigée, elle devient embrumée par nos pensées. Virage à droite, épingle à gauche, esprit agité et sourcils froncés, on s’est perdu en route à l’heure de la déroute. Dieu qu’elle semble interminable quand elle est inconfortable.

Un jour, la route nous brise. Anéanti par une mauvaise nouvelle, elle paraît unidirectionnelle. Plus de sens, plus d’envie, elle se teinte de gris souris. Dieu qu’elle nous rend triste cette route irréaliste. Dieu qu’on se sent seul sur le chemin du deuil.

Un jour, la route s’illumine. Sous l’effet d’un sourire, d’une confidence, d’un instant partagé, elle éclaire notre journée. On rêverait, le regard dans le vague, de vastes espaces, de liberté et d’horizon débouché. Dieu qu’elle est belle, cette route ensoleillée qui nous ensorcelle.

Puis, il y a la route qu’on découvre, qui s’offre à nous majestueuse. Elle a hanté les moindres recoins de notre imagination, suscité rêveries et provoqué l’impatience. Vierge de tout souvenir, blanche de tout passé, elle attise nos convoitises et étanche pour un instant notre soif d’entreprise. Elle est celle que je préfère parmi toutes, la seule qui m’envoûte.

A l’heure où la roue tournera, où la routine m’étouffera, je n’irai pas par quatre chemins, je n’attendrai pas mon destin.

Sans aucun doute alors, je reprendrai la route.

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