Voyager avec un cancer, récit d’une aventure en famille

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Voyage en eaux troubles avec un crabe 

Mai 2008. La révolution envahissait le système immunitaire de ma mère. Les cellules cancéreuses battaient le pavé et grossissaient les rangs d’une tumeur maligne. Le combat s’annonçait sans concession. Le crabe progressait sournoisement, bien planqué derrière ses barricades. Il fallait « faire vite », la situation était « très grave », il s’agissait d’une « question de survie ». Pas d’issue de secours, pas d’échappatoire, pas de négociation possible. Restait un diagnostic difficile à avaler et une méchante boule à enlever. L’opération fut pratiquée quelques semaines plus tard, tout début juillet.

Les vacances approchaient et le décollage de l’avion qui devait nous emmener (ma fille de 3 ans et demi, mon conjoint et moi) en Asie aussi. Un périple sacs sur le dos en transports locaux. Atterrissage à Singapour et décollage de Bangkok 20 jours plus tard. C’est le cœur inquiet et l’esprit hésitant que nous sommes partis sur cet autre continent. Promis, on allait profiter de chaque seconde pour elle. Promis, on lui ramènerait du bonheur plein nos photos. Promis, l’année prochaine, on irait tous ensemble.

C’était sans compter les séances de chimiothérapie, les rayons, les opérations pour éviter les dommages métastatiques et l’hormonothérapie aux effets très spéciaux. Résidant à 650 kilomètres de distance, difficile pour nous d’évaluer les dégâts et d’imaginer l’impossible. Rien d’autre à faire que de retenir son souffle, de tenir debout sans vaciller et de faire de nos retrouvailles une fête

Heureusement, le cancer était tombé sur un sacré numéro : ma mère. Un mental de guerrière, une combattante, une warrior, prête à tout pour rester en vie. Elle ne se résigne pas, elle lutte avec dignité. Elle ne se plaint jamais, elle résiste en silence. Un rare modèle de courage et d’humilité.

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Passeport en cours de « validité »

Été 2011. Les médecins ont donné leur feu vert, rempli l’ordonnance de survie et approuvé notre projet de voyage.
Jusque là, on était entrés dans une dimension spatio-temporelle particulière où les rendez-vous médicaux rythmaient le calendrier, où les années défilaient avec leurs lots de bonnes et de mauvaises nouvelles, et où Damoclès maintenait son épée tant bien que mal au-dessus de nos têtes.

 » On avait appris malgré-nous l’urgence, l’impatience et l’imminence « 

Qu’à cela ne tienne, on allait conjurer le mauvais sort en famille, marcher sur nos pas, revenir en arrière, remonter le temps et faire un pied de nez à la maladie avec (une bonne) assurance. On partait croquer l’Asie à pleines dents, plonger dans les eaux tièdes de la mer d’Andaman, et déambuler dans les jardins botaniques de Singapour.

Et avec cette boulimie de vivre et de partager ensemble, on avait  même organisé une étape à Dubaï. Ambitieux ? Gourmands ? Imprudents ? Non. On était bien placés pour savoir que le temps était la seule chose qui pouvait nous manquer du jour au lendemain. Et c’était aussi la seule chose que nous n’avions plus à perdre.

Ce voyage représentait le premier vrai projet à long terme, au-delà de l’agenda habituel « au jour le jour », au-delà du monde des malades. C’était un passeport « valide », un retour vers la normalité qui lui procurait de la joie, de l’espoir et, j’ose l’espérer, du bonheur.

Durant le premier vol, quelques turbulences provoquèrent une nausée sans fin. Le doute nous a assailli devant son interminable silence et son visage vert de gris. N’allait-on pas trop loin ? Non, juste à l’autre bout du monde !

Finalement, ce fut le seul véritable incident du voyage. Bien sûr, on respectait son rythme, on l’encourageait à se coucher tôt le soir, et on la questionnait sans cesse sur ses besoins et ses envies. L’agitation de Kuala Lumpur la fatiguait. Pas de problème ! On prit la décision de filer plus tôt que prévu sur les plages thaïlandaises.  Nous étions adaptables, le programme aussi. Après tout ce qu’elle avait vécu, on n’avait pas résisté à lui offrir quelques nuits dans un hôtel de luxe à quelques mètres de la plage comme pour effacer ces longs mois de souffrance, comme pour la remercier d’être encore là. On se délectait de chaque instant. Mais ce qu’on ressentait surtout, c’était la force et la puissance d’une famille réunie. Ces vacances signèrent le début d’un renouveau.

 » En peu de temps, elle avait perdu 5 des 10 années prises sous le joug des traitements « 

 » Depuis cet été 2011, on a continué à voyager, à porter l’espoir et à créer nos souvenirs de famille « 

Plus que jamais conscients du sursis qui nous a été accordé, plus que jamais conscients de la chance d’être ensemble, plus que jamais conscients que ces photos auraient pu ne jamais exister.

Maroc, Crète, Vietnam, États-Unis….on change de continent, on réalise nos rêves de destination, on parcourt de nouveaux horizons mais on avance toujours dans le même sens.

Notre direction à nous, c’est la vie !

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